RDC – M23/AFC : des négociations en cours, entre volonté de paix et doutes persistants(tribune de Anaclet Swembani)

Le 24 avril, à Nairobi, des délégués de la République Démocratique du Congo (RDC) ont entamé des négociations directes avec les représentants du M23/AFC. Cette nouvelle tentative de dialogue vise à instaurer un cessez-le-feu durable dans l’Est du pays, théâtre de violences récurrentes depuis plus d’une décennie. Une initiative qui suscite autant d’espoirs que de réserves. « Les pourparlers en cours, révèlent une volonté commune de mettre en place un cessez-le-feu, qui constitue une première étape vers un dialogue plus large entre toutes les parties prenantes », explique Anaclet Swembani, journaliste indépendant et chercheur en droit public interne. Mais derrière cette ouverture, la méfiance reste forte, tant du côté des civils que des institutions étatiques.

La question de la viabilité de l’accord domine les discussions. Swembani avertit : « Si les accords sont signés mais sans mécanismes de suivi solides, alors nous risquons de revivre ce que nous avons connu après 2013. À chaque changement de régime, les engagements sont remis en cause et les armes reparlent. » Le passé récent a laissé une empreinte de scepticisme profond. Un membre du comité de médiation régionale, présent à la rencontre mais non autorisé à parler officiellement, confie : « Même au sein du gouvernement congolais, tous ne sont pas convaincus que ces négociations mèneront à une paix durable. » La perspective d’une intégration politique du M23/AFC dans les structures de l’État suscite en effet des tensions internes.

« Il est très probable que les rebelles, dans le cadre d’un éventuel accord, réclament des positions clés au sein des institutions pour sécuriser leur influence. Cela pose un véritable dilemme : comment maintenir l’équilibre entre leur intégration et la légitimité des autorités en place ? », poursuit Swembani. Plusieurs observateurs redoutent une déstabilisation des alliances politiques autour du président Félix Tshisekedi, surtout à l’approche des élections. D’autres, au contraire, y voient une opportunité de réintégration et de stabilisation régionale, à condition que le processus soit rigoureux, encadré et transparent.

Face aux limites des solutions négociées, l’option militaire revient dans le débat. Swembani n’élude pas cette piste : « Une victoire par les armes permettrait peut-être de restaurer l’autorité de l’État et de neutraliser les groupes armés, mais cette approche comporte des risques majeurs. Elle ne doit être envisagée qu’en dernier recours, accompagnée d’un programme clair de stabilisation post-conflit. »

Pour beaucoup d’experts, la paix ne viendra ni uniquement des armes, ni uniquement des accords : elle exige une combinaison de fermeté étatique, de dialogue inclusif et de réformes concrètes.

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