Mukwege et 42 autres personnalités sonnent l’alarme : « Ne bradez pas notre avenir, Monsieur le Président »

Dans une lettre ouverte adressée à Félix Tshisekedi, 43 personnalités congolaises, emmenées par le Dr Denis Mukwege, mettent en garde contre les négociations internationales en cours et dénoncent les risques de compromission de la souveraineté nationale.

« Ne sacrifiez pas les minerais congolais. Ne bradez pas notre avenir. » C’est par ces mots puissants que se conclut une lettre ouverte signée par le Dr Denis Mukwege et 42 autres figures issues de la société civile, du monde académique et de la diaspora. Une missive adressée au Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, dans un contexte de crise sécuritaire et de négociations internationales sensibles.

Datée du 29 avril, la lettre dénonce une « menace existentielle sans précédent » à laquelle fait face la République Démocratique du Congo. Les signataires pointent l’occupation persistante de plusieurs territoires à l’Est du pays par l’armée rwandaise et ses alliés du M23 et de l’Alliance Fleuve Congo, tout en rappelant les souffrances vécues par des millions de civils déplacés et terrorisés.

« Les paysages superbes du Nord et du Sud-Kivu sont jalonnés de fosses communes, certaines anciennes, d’autres fraîches », alerte Dr Mukwege, en évoquant l’ampleur des crimes passés et actuels.

Des négociations jugées opaques et dangereuses

Les signataires expriment de vives réserves à l’égard des discussions diplomatiques en cours à Doha et à Washington, notamment après la signature de la Déclaration de principes du 25 avril au Département d’État américain. Selon eux, ces initiatives se déroulent dans un « esprit transactionnel », marqué par l’opacité et un manque d’inclusivité.

Ils s’inquiètent surtout des risques liés à une éventuelle intégration économique régionale qui profiterait à des puissances étrangères, au détriment du peuple congolais et de ses droits sur les ressources nationales. Les minerais stratégiques du Congo, rappellent-ils, ne doivent plus être source de conflits, mais d’un développement équitable et souverain.

Un rappel ferme à la Constitution

Les auteurs de la lettre fondent leur argumentaire sur plusieurs articles de la Constitution congolaise, dont l’article 5 sur la souveraineté populaire, et les articles 56, 57 et 214, qui criminalisent le pillage des ressources et encadrent les conditions de signature d’accords internationaux. Ils exhortent le Président à ne pas engager la nation sans l’aval des institutions compétentes, et à agir dans l’intérêt exclusif du peuple.

Appel à la justice et à la concertation

Outre la mise en garde, la lettre appelle à l’organisation de consultations nationales impliquant les forces vives du pays et à l’intégration de la justice transitionnelle dans toute initiative de paix. Elle plaide pour une approche inclusive et fondée sur les droits, afin de garantir une sortie durable des conflits qui ravagent l’Est du pays depuis trois décennies.

Un écho aux paroles du Pape François

Les signataires rappellent également le message fort du Pape François, lors de sa visite à Kinshasa en 2023 : « Retirez vos mains de la République Démocratique du Congo, retirez vos mains de l’Afrique ! » Une référence à ce qu’ils qualifient de « colonialisme économique », désormais plus insidieux mais tout aussi destructeur que les formes passées de domination.

À quelques jours du déplacement annoncé du Président Tshisekedi à Washington, le collectif de signataires, mené par Mukwege, pose une ligne rouge : préserver la souveraineté, refuser tout bradage des ressources, et défendre les intérêts du peuple congolais dans les instances internationales.

Diddy MASTAKI

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