Tensions post-accord : quand Kigali accuse, Kinshasa dénonce une provocation

Le climat de détente espéré après la signature de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda semble déjà menacé. Une déclaration choc du chef de la diplomatie Rwandaise, Olivier Nduhungire, relance les tensions entre les deux voisins des Grands-Lacs.

Dans une déclaration qui a fait l’effet d’une bombe dans les milieux diplomatiques, le ministre Rwandais a affirmé que les FDLR (Forces Démocratiques de Libération du Rwanda) rebelles historiquement opposés au régime de Kigali « ne sont plus sur les territoires du M23, puisqu’ils sont désormais intégrés dans l’armée congolaise, les FARDC ».

L’affirmation est grave : elle accuse indirectement la RDC de collaborer officiellement avec un groupe armé qualifié de terroriste par le Rwanda. Une telle sortie médiatique vient contredire l’esprit de l’accord de paix signé récemment, et jette le doute sur la sincérité de Kigali dans la recherche d’une solution durable au conflit.

Kinshasa contre-attaque : Julien Paluku parle de « prétexte classique »

Côté Congolais, Julien Paluku Kahongya, ministre du Commerce extérieur, n’a pas mâché ses mots : « Le Rwanda a déjà été au Congo pendant huit ans à la recherche de ces rebelles ».

Pour lui, cette nouvelle accusation est une stratégie bien rodée de Kigali pour justifier ses interventions militaires sur le sol Congolais, maintenir un climat d’insécurité, et poursuivre le pillage des ressources naturelles, notamment dans les territoires riches en coltan et or du Nord-Kivu.

Une diplomatie fragile à l’épreuve

Le contenu explosif de cette sortie médiatique pourrait compromettre plusieurs acquis du récent accord de paix, notamment : la mise en œuvre effective du retrait du M23 et le redéploiement des FARDC ; la réactivation du dialogue intercommunautaire dans les zones affectées par les violences ; la mobilisation de l’aide internationale en faveur du processus de stabilisation.

Des analystes politiques estiment que le Rwanda tente de garder la main sur le narratif sécuritaire, en dépeignant la RDC comme un partenaire peu fiable, ce qui pourrait influencer certains acteurs internationaux, notamment dans les forums diplomatiques comme l’Union Africaine et l’EAC.

Face à cette crispation, l’ONU, l’Union Africaine et les garants de l’accord, notamment les États-Unis d’Amérique, sont appelés à jouer les médiateurs. Il devient urgent de mettre en place un mécanisme neutre et indépendant pour vérifier : la présence réelle ou non des FDLR dans les zones occupées ; la coopération effective ou supposée entre les FARDC et ces groupes ; l’implication ou non du Rwanda dans les agissements du M23.

Les propos du ministre Rwandais viennent rappeler une vérité brutale : la paix n’est pas un document signé, mais un processus exigeant.

Il faudra plus qu’un accord sur le papier pour rétablir la confiance entre Kigali et Kinshasa. Il faudra de la transparence, du respect réciproque et une volonté politique forte pour désamorcer les provocations, rétablir la vérité sur le terrain, et permettre aux populations civiles, principales victimes de ce conflit, de rêver à nouveau d’un avenir apaisé.

Diddy MASTAKI

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