Rapport Ebuteli : décembre 2025 marque un pic de violences civiles après la prise d’Uvira

Le mois de décembre 2025 figure parmi les périodes les plus meurtrières de l’année dans l’Est de la République Démocratique du Congo, selon le dernier rapport du Baromètre sécuritaire du Kivu publié par l’institut Ebuteli. La chute de la ville d’Uvira, passée sous le contrôle de l’AFC-M23, apparaît comme l’événement central ayant provoqué une flambée sans précédent des violences contre les civils.

D’après les données recueillies, 379 civils ont été tués en décembre dans les provinces de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Le Sud-Kivu concentre à lui seul 264 victimes, principalement dans le territoire d’Uvira, devenu l’épicentre de la crise après l’offensive lancée début décembre par l’AFC-M23, soutenue par les Forces de défense rwandaises (RDF). La ville est tombée le 10 décembre 2025.

Uvira, symbole d’un basculement sécuritaire

Le rapport documente 151 civils tués dans le territoire d’Uvira, dont au moins 70 personnes exécutées lors d’opérations de ratissage menées après la prise de la ville. Les victimes comprennent des femmes et de nombreux jeunes garçons, ce qui, selon Ebuteli, illustre le caractère non ciblé des violences.

Les combats ont également été marqués par l’usage de moyens technologiques avancés. Le 4 décembre, un convoi des FARDC a été visé à Luvungi par un drone kamikaze, entraînant la mort de 17 soldats congolais. Des frappes ont également touché des groupes de civils en déplacement, provoquant plusieurs dizaines de morts et de blessés, aggravant la crise humanitaire.

Des exactions imputées à plusieurs acteurs

Le rapport d’Ebuteli souligne que les violences contre les civils ne sont pas le fait d’un seul camp. Des abus graves sont également attribués aux FARDC et à leurs alliés. À Swima, dans le territoire de Fizi, 13 hommes ont été tués le 22 décembre par des militaires congolais lors d’un incident impliquant des déplacés tentant de retourner à Uvira.

Par ailleurs, des affrontements impliquant des groupes armés alliés aux FARDC, notamment les Wazalendo, ainsi que des violences intercommunautaires et des incursions transfrontalières, notamment depuis le Soudan du Sud en Ituri, ont contribué à détériorer davantage la situation sécuritaire.

Une région toujours sous haute tension

Si l’activité des ADF a légèrement reculé en décembre, en raison de l’intensification des opérations conjointes FARDC–UPDF, Ebuteli met en garde contre une possible reconfiguration des groupes armés, notamment en Ituri. Le rapport alerte également sur le risque d’une extension du conflit vers d’autres zones du Sud-Kivu, dont Baraka, qui pourrait devenir une nouvelle cible après Uvira.

Ces constats confirment que, malgré les initiatives diplomatiques et militaires annoncées, la protection des civils reste largement insuffisante. La partie Est de la RDC demeure prise dans un cycle de violences persistantes, alimentées par des ingérences régionales, la prolifération des groupes armés et une impunité structurelle.

Diddy Mastaki

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