Dans l’histoire économique du Kivu, peu de figures incarnent la réussite avec autant de force qu’Aziza Kulsum Gulamali. Connue sous le nom de « Maman UZABUCO », elle ne fut pas simplement une femme d’affaires prospère, mais une architecte d’empire, une pionnière du capital féminin et la fondatrice d’une lignée d’influence.
Dès les années 1980, à une époque où l’accès au capital restait presque inaccessible aux femmes plus encore dans l’Est du Zaïre, Aziza Kulsum Gulamali s’impose comme l’une des très rares femmes millionnaires du pays. Une performance exceptionnelle dans un environnement économique instable et dominé par les hommes. Là où beaucoup se limitaient au négoce, elle industrialise. Là où d’autres subissaient, elle structure.
Implantée stratégiquement entre Uvira et Bukavu, elle construit un portefeuille d’actifs solides. Mais c’est dans le secteur du tabac qu’elle marque durablement l’économie régionale. Avec la création de UZABUCO (United Zaïre Business Company), elle donne naissance à l’une des plus importantes réussites industrielles privées dans l’Est du Congo.
Installée à Bukavu, l’usine emploie plus de 250 personnes, dessert l’ensemble de la région des Grands-Lacs et impose la cigarette « Sportsman » comme une marque populaire et pérenne ; un cas rare dans l’histoire économique Congolaise.
Mais le véritable génie d’Aziza Kulsum Gulamali dépasse les chiffres. Il réside dans sa vision de la transmission. Là où beaucoup bâtissent seuls, elle prépare la relève. Elle forme ses enfants au contact direct des affaires, leur transmet rigueur, audace et intelligence stratégique.
Sa fille Shenila Mwanza, formée à l’international, incarne cette continuité. Pendant plus d’une décennie, elle consolide l’héritage familial, modernise la gouvernance et élargit le champ d’action du groupe.
Aux côtés de son frère Singoma Mwanza, elle fonde SHENIMED acronyme issu des prénoms SHENI-LA et MUHA-MED, une entreprise spécialisée dans l’import-export des produits du tabac. Ensemble, ils lancent également la marque « Best », symbole d’une seconde génération entrepreneuriale assumée et conquérante.
La guerre de 1996 interrompt brutalement cette ascension. Infrastructures détruites, actifs pillés, exil forcé. Là où d’autres s’effacent, la famille Gulamali–Mwanza se réinvente. À Naïrobi, elle tente de reconstruire, fidèle à l’ADN entrepreneurial insufflé par la matriarche : résilience, adaptation et vision à long terme.
L’influence familiale dépasse bientôt le monde économique. Shenila Mwanza et Singoma Mwanza s’imposent sur la scène nationale, accédant tour à tour aux fonctions de députés nationaux et de sénateurs. Une transition rare du capital économique vers le capital politique, confirmant l’ancrage durable de la famille dans les cercles de décision du pays. Aujourd’hui encore, Aziza Kulsum Gulamali demeure une référence.
Elle laisse derrière elle bien plus qu’une entreprise : un modèle. Celui d’une femme qui a créé de la richesse, généré de l’emploi, industrialisé une région et transmis un héritage vivant. Dans un espace marqué par l’instabilité, son parcours rappelle une vérité essentielle : les empires les plus solides ne se contentent pas de naître ils se transmettent.
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