Le Rwanda, souvent présenté à l’international comme un exemple de reconstruction post-génocide et de stabilité politique, révèle une autre réalité lorsqu’il s’agit de liberté de la presse. Le dernier rapport de Reporters Sans Frontières (RSF) dresse un portrait inquiétant du pays dirigé par Paul Kagame, qualifiant le régime de l’un des plus répressifs de la région.
Une façade de modernité médiatique
Si le Rwanda brille dans les forums internationaux pour ses progrès économiques et sa stabilité, le paysage médiatique interne est, selon RSF, totalement contrôlé. Les médias historiques sont en grande partie liés au gouvernement et fonctionnent comme des relais de l’autorité plutôt que comme des contre-pouvoirs. La censure et l’autocensure imposent un « code du silence » quasi généralisé.
Journalistes sous pression
Depuis 2000, 17 journalistes ont été emprisonnés au Rwanda. Ceux qui s’aventurent à critiquer le régime font face à des risques d’emprisonnement, de disparition ou d’exil forcé. RSF cite le cas de Dieudonné Niyonsenga, directeur de Ishema TV, détenu dans des conditions jugées inhumaines après avoir enquêté sur des abus militaires.
Mort suspecte et impunité
Le décès de John Williams Ntwali, rédacteur en chef du journal The Chronicles, met en lumière les pratiques opaques du régime. Mort renversé par un véhicule en janvier 2023, son accident a été jugé à huis clos, sans enquête publique, et le conducteur n’a écopé que d’une amende.
Censure sur la RDC et contrôle des journalistes étrangers
RSF souligne également que toute information indépendante sur le conflit en République Démocratique du Congo, notamment sur le soutien du Rwanda à l’AFC/M23, est systématiquement étouffée. Les journalistes étrangers, comme le Belge Stijn Vercruysse, se voient souvent refuser l’accès au pays pour des reportages critiques.
Classement révélateur
Cette répression est confirmée par l’Indice mondial de la liberté de la presse 2025 : le Rwanda se classe 146e sur 180 pays, dans la catégorie « très grave », malgré son image de réussite post-génocide.
Ce contraste entre la vitrine internationale et la réalité intérieure souligne la difficile situation des médias rwandais et le paradoxe auquel sont confrontés les observateurs internationaux : un pays qui semble exemplaire à l’extérieur mais où la liberté d’expression reste largement muselée.
Diddy Mastaki

