La clôture ce dimanche 29 mars du mois de la femme dans la commune de Mulekera a pris une tournure engagée, voire controversée, autour du thème « Mwanamke hata choka ». Derrière les messages de résilience, c’est une vision particulière du rôle de la femme dans la société et dans le contexte de guerre qui a été mise en avant.
Entre mobilisation et rhétorique de guerre
Lors de son intervention, l’expert en paix Joseph Tshiamanga a appelé les femmes à jouer un rôle actif dans la défense du territoire, évoquant notamment l’exemple historique des Amazones du Dahomey.
Un discours qui dépasse le cadre classique de la promotion des droits des femmes pour s’inscrire dans une logique de mobilisation patriotique face aux violences attribuées aux ADF et au M23.
Si certaines participantes ont salué un message fort d’engagement et de responsabilité, d’autres observateurs estiment que ce type de discours peut prêter à débat.
L’appel à « former des hommes prêts à mourir pour la patrie » ou encore l’insistance sur le rôle reproductif de la femme comme réponse à la guerre soulèvent des questions : la femme doit-elle être mobilisée comme actrice directe ou indirecte du conflit ? ; ce discours valorise-t-il réellement son autonomie ou renforce-t-il des rôles traditionnels ? ; la femme, victime ou actrice ?
Le paradoxe reste central : dans l’Est de la RDC, les femmes sont parmi les premières victimes des conflits, notamment à travers les violences sexuelles.
Pourtant, la conférence de Mulekera propose une lecture différente : celle d’une femme actrice stratégique, capable d’influencer la société par l’éducation, la transmission des valeurs et la cohésion communautaire.
Un débat sur la redéfinition des rôles
L’intervention de madame Rebeka Sokoni, de la commission genre locale, s’inscrit dans cette dynamique en insistant sur la femme comme « berceau de la nation ».
Mais là encore, cette vision interroge : s’agit-il d’un levier d’émancipation ou d’une redéfinition des responsabilités dans un cadre traditionnel revisité ?
Une prise de conscience, malgré tout
Malgré ces débats, les participantes ont unanimement reconnu l’importance de ces espaces d’échange. Elles ont appelé à la multiplication de telles conférences pour renforcer la conscience collective face aux défis sécuritaires.
Dans une région marquée par la guerre, la question n’est plus seulement de savoir si la femme doit agir, mais comment elle peut le faire sans que son rôle ne soit réduit ou instrumentalisé.
Diddy Mastaki

