RDC–Ouganda : derrière la diplomatie officielle, Kinshasa et Kampala accélèrent leur intégration stratégique

La visite officielle effectuée lundi 11 mai 2026 à Entebbe par le président Congolais Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo auprès de son homologue Ougandais Yoweri Kaguta Museveni consacre une nouvelle phase du rapprochement stratégique entre la République Démocratique du Congo et l’Ouganda.

Au-delà des formules diplomatiques classiques contenues dans le communiqué conjoint publié à l’issue des échanges, cette rencontre traduit surtout la volonté des deux capitales d’approfondir une coopération multidimensionnelle fondée sur des intérêts sécuritaires, économiques et géopolitiques convergents dans la région des Grands-Lacs.

Le premier axe majeur de cette convergence reste la sécurité régionale. Les deux Chefs d’État ont réaffirmé leur détermination à poursuivre les opérations militaires conjointes dans l’Est de la RDC, notamment à travers l’opération « Shujaa », menée contre les rebelles des ADF affiliés à l’État islamique.

Kinshasa et Kampala considèrent désormais cette coopération militaire comme un instrument structurant de stabilisation régionale. Dans leur communiqué, les deux dirigeants ont salué les avancées enregistrées dans la neutralisation des groupes armés, tout en insistant sur la nécessité de maintenir une coordination étroite face à la persistance des menaces sécuritaires dans les provinces orientales Congolaises.

Cette dimension sécuritaire s’inscrit également dans une logique diplomatique plus large. Félix Tshisekedi et Yoweri Museveni ont réaffirmé leur soutien aux mécanismes africains de paix, notamment sous l’égide de l’Union Africaine et de la Conférence internationale sur la région des Grands-Lacs (CIRGL), dans un contexte où les tensions régionales restent fortement influencées par les crises sécuritaires dans le Nord-Kivu et l’Ituri.

Mais c’est surtout sur le terrain économique que cette visite révèle une ambition régionale plus affirmée. Les deux pays entendent accélérer leur intégration commerciale à travers le développement des infrastructures routières, la fluidification des échanges transfrontaliers et l’harmonisation progressive des politiques migratoires.

Le corridor routier Kasindi–Beni–Butembo apparaît ainsi comme l’un des projets stratégiques centraux de cette coopération. Les deux présidents ont souligné son rôle dans la connectivité régionale et le commerce sous-régional, à un moment où la RDC renforce progressivement son ancrage au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE).

Dans cette dynamique, Kinshasa et Kampala ont annoncé plusieurs mesures destinées à réduire les barrières non tarifaires aux postes frontaliers de Mpondwe et Goli, tout en simplifiant les procédures douanières afin d’accélérer les flux commerciaux entre les deux pays.

Autre avancée diplomatique notable : la question des visas. Le gouvernement congolais a officiellement salué l’exemption de visa accordée depuis 2024 aux ressortissants congolais par l’Ouganda. En retour, Kinshasa promet d’accélérer avant le 31 août 2026 la réciprocité en faveur des citoyens ougandais.

Cette orientation traduit une volonté politique de renforcer la libre circulation des personnes dans l’espace régional Est-Africain, tout en consolidant les relations bilatérales dans un contexte marqué par une interdépendance économique croissante.

Les discussions ont également porté sur la gestion des ressources naturelles transfrontalières du Graben Albertin, notamment autour des lacs Albert et Édouard. Les deux pays envisagent des partenariats dans les hydrocarbures, l’énergie et l’électrification transfrontalière, avec l’objectif affiché de soutenir l’industrialisation régionale et la sécurité énergétique.

La coopération agricole et la valorisation des chaînes de production figurent aussi parmi les priorités évoquées lors des échanges, révélant une approche plus globale de l’intégration régionale.

Cette visite s’est enfin matérialisée par la signature de plusieurs mémorandums d’entente couvrant les secteurs du commerce, des transports, du tourisme, des technologies de l’information, de la recherche et sauvetage ainsi que de l’administration publique.

Pour assurer l’exécution effective de ces engagements, les deux États ont décidé de renforcer le rôle du Comité mixte permanent d’experts chargé du suivi des décisions prises lors de la 9ᵉ session de la Commission permanente mixte RDC–Ouganda.

Dans un environnement régional marqué à la fois par des rivalités géopolitiques, des défis sécuritaires persistants et une compétition économique croissante, la rencontre d’Entebbe apparaît ainsi comme une tentative de consolidation d’un axe stratégique Kinshasa–Kampala autour des intérêts communs de stabilité, de commerce et d’influence régionale.

Diddy Mastaki

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