Le climat politique Congolais s’est à nouveau électrisé le week-end dernier après la publication d’un communiqué très critique de l’Union Sacrée de la Nation (USN) à l’encontre du Front Commun pour le Congo (FCC). Objet du courroux : la défense jugée « inappropriée » par le FCC de l’ancien président Joseph Kabila, visé par des poursuites judiciaires.
Dans ce document cinglant, signé par le professeur André Mbata, porte-parole de l’USN le 04 mai 2025, le pouvoir actuel accuse la plateforme de Kabila de jouer aux « donneurs de leçons » alors même qu’elle est responsable de « deux décennies de mauvaise gouvernance ».
Le FCC, accusé d’invoquer une légalité douteuse
Tout part d’un communiqué daté du 03 mai, dans lequel Raymond Tshibanda, Président de la Cellule de crise du FCC, dénonce les menaces judiciaires qui pèsent sur l’ancien Président, évoquant le respect dû à son statut de « Président honoraire ». Une appellation que rejette catégoriquement l’USN, rappelant que la Constitution Congolaise ne reconnaît que la qualité d’« ancien Président de la République élu » et non celle d’un quelconque « honoraire ».
L’USN balaie d’un revers de main l’argument du FCC selon lequel toute poursuite contre Joseph Kabila devrait passer par une autorisation du Parlement réuni en Congrès, estimant que ce « préalable » n’a aucun fondement constitutionnel.
Un cadre juridique remis en question
Sur le plan juridique, l’USN ne mâche pas ses mots : pour elle, la loi de 2018 ayant conféré des privilèges aux anciens dirigeants était taillée sur mesure pour protéger les cadres du FCC de toute reddition de comptes. Elle estime que la Cour constitutionnelle pourrait à tout moment l’invalider, rendant obsolètes les barrières légales que tente d’ériger le FCC.
En outre, avec sa majorité confortable dans les deux chambres, l’USN affirme qu’aucun mécanisme parlementaire ne saurait empêcher l’ouverture d’éventuelles poursuites contre Kabila, désormais sénateur à vie.
Des accusations explosives contre l’ex-Président
Mais au-delà du débat juridique, c’est le fond des accusations qui soulève des remous. L’Union Sacrée parle ouvertement de haute trahison, assassinats, meurtres, viols, vols et pillages. Elle accuse Joseph Kabila d’avoir trahi la nation qu’il était censé protéger.
Dans un ton acerbe, l’USN fustige la posture de « sage » ou d’« homme d’État » que l’ancien Président tente, selon elle, d’adopter, estimant qu’il a « perdu ce droit » au regard de ses actes.
Un FCC en perte de vitesse ?
Le communiqué va plus loin encore : il dépeint un FCC affaibli, sans direction claire, gangrené par une crise interne permanente. L’USN note que cette plateforme fonctionne depuis des années sous une Cellule de crise, ce qui l’empêche, selon elle, de jouer un rôle constructif dans le débat démocratique.
Enfin, l’Union Sacrée accuse directement le FCC de complicité avec des velléités insurrectionnelles, en raison d’une mauvaise lecture de l’article 64 de la Constitution. Pour l’USN, il est dangereux d’interpréter cette disposition comme un appel au renversement du régime constitutionnel établi.
Entre confrontation et main tendue
Fait rare, malgré ce ton très critique, le communiqué se termine par une ouverture : l’USN se dit prête à « aider » le FCC à sortir de sa crise et à renouer avec des valeurs républicaines. Elle l’invite à se doter d’un leadership plus nationaliste et à « rejoindre le bon côté de l’Histoire ».
Cette sortie virulente de l’USN reflète la montée des tensions dans un pays où la question de la redevabilité des anciens dirigeants reste sensible. Le dossier Kabila pourrait ainsi devenir un test décisif pour la solidité de l’État de droit en République Démocratique du Congo.
Diddy MASTAKI

