Beni/Kyavinyonge sous pression : un village au bord de l’asphyxie face à l’arrivée massive de déplacés

Depuis les premières lueurs de mai, les embarcations de fortune accostent presque chaque jour sur les rives de Kyavinyonge, un paisible village lacustre du territoire de Beni. À leur bord, des familles fuyant les combats à Lunyasenge et dans ses environs, où la présence du mouvement rebelle M23 s’est brusquement intensifiée.

Plus de 1 000 ménages ont trouvé refuge ici en quelques jours, selon une estimation de la Société Civile locale (SOCIV). Dans les ruelles de Kyavinyonge, les visages fatigués racontent tous la même histoire : fuite précipitée, nuits sans toit, et une peur constante de ne plus revoir leurs terres.

« On n’a emporté que nos enfants et ce qu’on pouvait porter à la main », confie une mère de quatre enfants, assise sous une bâche en plastique qui lui sert d’abri.

Mais Kyavinyonge n’était pas préparé à accueillir une telle vague humaine. Les infrastructures sont saturées, et les déplacés s’entassent dans les écoles, les églises, et parfois dans des maisons à moitié construites. L’eau potable manque, les vivres s’épuisent et les conditions sanitaires se dégradent à vue d’œil.

« La situation devient ingérable. Notre capacité d’accueil est dépassée. Il faut une réponse rapide des autorités et des ONG », alerte un responsable de la SOCIV.

Le cri d’alarme est lancé, mais sur le terrain, l’aide tarde à arriver. Des cas de malnutrition apparaissent déjà parmi les enfants, et plusieurs élèves déplacés ont dû abandonner l’école, faute d’espace et de moyens.

Malgré l’urgence, les habitants de Kyavinyonge partagent ce qu’ils peuvent avec les nouveaux venus. Une solidarité de proximité s’est créée, mais elle risque de s’essouffler sans une assistance humanitaire coordonnée.

La SOCIV exhorte les autorités à rétablir la sécurité dans les zones d’origine des déplacés et à organiser rapidement une réponse humanitaire pour prévenir une crise sanitaire. Elle appelle également à une réflexion de fond sur les solutions durables face aux déplacements récurrents dans le Nord-Kivu, exacerbés par des décennies d’instabilité.

Diddy MASTAKI

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