RDC – La justice du Bas-Uele à la croisée des chemins : dérives judiciaires, abus et silence coupable dénoncés

Bas-Uele, le 26 mai 2025 – « La justice dans la province du Bas-Uele est à la croisée des chemins. » C’est en ces termes graves que Maître Victor Elonga Kongoli, Secrétaire général du Conseil National de Défense Judiciaire du Congo, Syndic près le Tribunal de Grande Instance du Bas-Uele et Coordonnateur de l’organisation « Échos de juriste pour lutter contre les violences sexuelles, défense et assistance aux personnes vulnérables », a dénoncé une série d’abus qui gangrènent l’appareil judiciaire local.

Dans une déclaration forte, l’avocat tire la sonnette d’alarme sur la dérive généralisée de l’administration judiciaire, marquée par des arrestations arbitraires, des extorsions déguisées en amendes transactionnelles, des détournements de fonds publics, et une justice devenue source de peur plutôt que de confiance.

Des OPJ et IPJ transformés en bourreaux des citoyens

Maître Elonga fustige les pratiques de certains Officiers de Police Judiciaire (OPJ) et Inspecteurs de Police Judiciaire (IPJ), qui, loin de leur mission légale de recherche d’infractions sous la supervision du parquet, se livrent à des abus inqualifiables. « Ce sont les yeux et les oreilles du ministère public, mais aujourd’hui, ils sont devenus l’instrument d’un système d’oppression illégal », s’indigne-t-il.

Selon ses constats, les paisibles citoyens sont régulièrement arrêtés sans mandat ni fondement légal, maltraités, et contraints de payer des amendes exorbitantes ne reposant sur aucune base juridique. Une situation qui viole ouvertement le Code de procédure pénale congolais et les garanties constitutionnelles.

Un ministère public dévoyé de sa mission répressive encadrée

Maître Elonga rappelle que le ministère public, à travers les parquets, est chargé d’instruire à charge et à décharge. Or, dans le Bas-Uele, les enquêtes sont souvent à sens unique, conduites dans l’opacité, et orientées vers l’extorsion plutôt que la vérité judiciaire.

« Il ne s’agit plus de rendre justice, mais de remplir des poches. Les amendes imposées par des OPJ ne sont ni légales ni contrôlées, et les magistrats ferment les yeux, voire participent à ces dérives », ajoute-t-il.

Des interférences jusqu’aux services fiscaux

Autre fait troublant : des agents de la DGDA et de la DGRAD seraient intimidés par certains acteurs judiciaires, les empêchant d’exercer leur rôle de contrôle. Cela participe, selon lui, à un effondrement généralisé des institutions locales et à l’érosion de la redevabilité.

Un appel pressant au Chef de l’État et au Ministre de la Justice

Face à cette situation, Maître Victor Elonga appelle à l’implication urgente du Chef de l’État Félix Tshisekedi, garant du bon fonctionnement des institutions, ainsi que du Ministre de la Justice et Garde des Sceaux. Il leur demande d’ordonner des enquêtes approfondies, de mettre fin à l’impunité dans le Bas-Uele, et de prendre des mesures correctives afin de restaurer la dignité de la justice.

« La justice congolaise ne peut rester silencieuse face à de telles pratiques. Nous demandons des poursuites judiciaires contre tous ceux qui, sous la toge ou l’uniforme, souillent la mission sacrée de rendre justice au nom du peuple congolais », conclut-il.


Il convient de signaler que la justice du Bas-Uele se trouve aujourd’hui à un tournant critique : soit elle se réforme, soit elle s’effondre sous le poids de ses propres abus.

Anaclet SWEMBANI

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