Crise de confiance à Kinshasa : l’ombre du Rwanda, la colère d’un ancien gouverneur au sujet de la nébuleuse FDLR

Le silence est brisé. En ce début du mois de juillet, alors que la République Démocratique du Congo tente de célébrer un fragile espoir de paix, deux secousses viennent fissurer le discours officiel d’apaisement : d’un côté, une mise au point virulente d’un ancien gouverneur du Nord-Kivu, accusant le Rwanda de manipulations sécuritaires ; de l’autre, la démission surprise de Vital Kamerhe de la présidence de l’Assemblée Nationale.

L’onde de choc s’est rapidement propagée dans les milieux politiques. Vital Kamerhe, figure influente du régime, a jeté l’éponge en dénonçant publiquement la présence des troupes Rwandaises sur le sol Congolais, officiellement pour traquer les rebelles FDLR. Un camouflet pour le pouvoir en place, quelques jours seulement après la signature de l’accord de paix de Washington entre Kinshasa et Kigali.

« J’ai décidé de quitter mes fonctions par devoir de vérité. Je ne peux cautionner une présence étrangère qui rappelle les blessures de notre peuple », aurait-il déclaré à huis clos selon une source parlementaire.

Accusation frontale contre Kigali : le Rwanda au cœur du chaos

Mais c’est l’ancien Gouverneur du Nord-Kivu (2007–2019) qui allume la mèche la plus inflammable. Dans une longue tribune publiée le 2 juillet, il démonte un à un les arguments de l’ancien ambassadeur Rwandais à Kinshasa, Vincent Karega, qu’il accuse de mensonges et de manipulation politique.

« Pendant douze ans, nous avons traqué les FDLR avec nos propres moyens et avec l’aide même du Rwanda. L’opération « Umoja Wetu » de 2009 en témoigne. Mais lorsque la menace s’est presque éteinte, nous avons assisté à une opération de recyclage de ces combattants par Kigali lui-même ».

Cette stratégie de « recyclage », dénoncée avec fermeté, aurait consisté à réinjecter d’anciens combattants FDLR déjà rapatriés au Rwanda, afin de maintenir artificiellement une menace justifiant l’intervention militaire rwandaise en RDC.

La MONUSCO et le HCR, précise l’auteur de la tribune, avaient procédé à un contrôle biométrique prouvant la réapparition de ces éléments sur le sol Congolais. Une accusation grave qui, si elle est avérée, remettrait en cause toute la logique sécuritaire dans la région des Grands Lacs depuis plus de dix ans.

Une guerre tribale exportée ?

La tribune va plus loin, en accusant le Rwanda de propager en RDC les logiques tribales qui ont conduit au génocide de 1994.

« Avant 1994, il n’y avait pas en RDC cette violence importée. Quand vous défendez le M23 en évoquant la marginalisation d’une ethnie, qui est le véritable tribaliste? »

Et d’ajouter, dans un ton personnel adressé directement à Vincent Karega : « Le Congo t’a tout donné pour que tu apprennes à lire et écrire. Tu devrais te taire face au malheur des Congolais ».

Accord de paix ou capitulation ?

Dans ce contexte tendu, la signature de l’accord de paix à Washington apparaît pour certains comme une manœuvre diplomatique de grande habileté. L’ex-gouverneur estime que cet engagement de la RDC à neutraliser les FDLR représente un piège retourné contre le Rwanda.

« Nous allons neutraliser vos frères que vous avez réinjectés en RDC. Ce sera la fin de l’épisode », conclut-il.

Mais pour d’autres, cet accord fragilise l’intégrité nationale et trahit la mémoire des populations victimes de l’instabilité à l’Est. La démission de Kamerhe pourrait bien catalyser une fronde politique plus large dans les jours à venir.

Ce 02 juillet, alors que certains ferment les livres de l’année scolaire, d’autres referment un chapitre de leur engagement public. Si l’ancien gouverneur annonce suspendre ses interventions publiques sur ce dossier « jusqu’à fin 2025 », il laisse derrière lui une tempête politique qui, elle, est loin d’être close.

Diddy MASTAKI

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