Muhoozi Kainerugaba change de discours : entre apaisement diplomatique et stratégie de communication calculée

Le général Muhoozi Kainerugaba, longtemps perçu comme le visage martial de l’Ouganda en Afrique centrale, opère un virage discursif surprenant. Après des mois de déclarations hostiles à peine voilées contre la République Démocratique du Congo (RDC), il adopte un ton plus conciliant, niant toute velléité d’agression militaire et appelant au respect des accords bilatéraux entre les deux (02) États.

« J’ai été commandant supérieur dans cette grande armée depuis un bon moment. Mais je peux vous assurer que nous n’avons jamais planifié d’attaquer la RDC. Si cela avait été le cas, vous pouvez être sûrs que nous serions déjà à Kinshasa. Ce n’a jamais été notre objectif », a-t-il déclaré.

Un propos qui tranche radicalement avec ses précédentes sorties. Il y a encore quelques mois, Muhoozi K. faisait sensation sur les réseaux sociaux en affirmant, de manière bravache, que l’armée ougandaise pouvait « prendre Kinshasa en deux semaines ». Ces déclarations avaient choqué l’opinion publique Congolaise et ravivé les tensions historiques entre Kinshasa et Kampala.

Ce changement de ton soulève donc plusieurs interrogations. Est-ce le signe d’une volonté sincère d’apaisement ? Ou une manœuvre diplomatique visant à atténuer la pression régionale et internationale, dans un contexte où l’Ouganda cherche à maintenir son image au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) ?

« Ce qui est important aujourd’hui, c’est de mettre en œuvre les différents accords. L’Ouganda respecte nos accords bilatéraux avec la RDC ainsi que les engagements pris dans le cadre de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) », a-t-il poursuivi.

Sur le terrain, cette déclaration suscite à la fois espoir et scepticisme. Si certains y voient une ouverture pour relancer les relations entre les deux pays, d’autres restent prudents, rappelant que les tensions ne sont pas que verbales. Des accusations persistantes pèsent sur l’implication indirecte de certains réseaux militaires ougandais dans l’approvisionnement en armes de groupes armés actifs dans l’est Congolais, notamment en Ituri et au Nord-Kivu.

À Kinshasa, la méfiance est toujours de mise. Le passé lourd des conflits frontaliers, l’occupation de certains territoires Congolais par l’armée Ougandaise dans les années 1990 et le dossier des réparations imposées à Kampala par la Cour internationale de justice toujours non réglé pèsent sur la mémoire collective et compliquent toute tentative de réconciliation rapide.

Ce repositionnement stratégique de Muhoozi semble ainsi davantage être dicté par le contexte géopolitique que par une évolution idéologique. L’Ouganda est en effet engagé dans plusieurs cadres multilatéraux EAC, opérations conjointes contre les ADF et se doit de ménager ses partenaires, notamment dans une région où l’équilibre sécuritaire demeure extrêmement fragile.

Reste à voir si ce nouveau discours s’accompagnera d’actes concrets sur le terrain : coopération renforcée, transparence militaire, retrait des interférences présumées, ou encore respect scrupuleux des engagements pris avec Kinshasa. Car si la parole est un outil diplomatique puissant, seule la cohérence entre les mots et les actions permettra de restaurer la confiance entre l’Ouganda et la RDC.

Diddy MASTAKI

Dernières nouvelles

Actualités connexes