L’Est de la RDC en déliquescence : 8 000 détenus en fuite et la justice paralysée sous l’occupation du M23

L’appareil judiciaire Congolais vacille dans les zones contrôlées par les rebelles du M23. La directrice adjointe du Bureau conjoint des Nations-Unies aux Droits de l’homme (BCNUDH), Anne Marie Dongui, tire la sonnette d’alarme face à l’ampleur des dégâts causés par l’occupation de Goma et Bukavu, deux grandes villes de l’Est du pays.

Lors d’un point de presse tenu dans la capitale congolaise, la haute responsable onusienne a révélé que plus de 8 000 prisonniers se sont évadés au cours des derniers mois, conséquence directe de la prise de contrôle de plusieurs centres de détention par les rebelles. Parmi les évadés figurent environ 200 individus poursuivis pour crimes de guerre, une situation qui menace gravement les efforts déployés depuis des années pour lutter contre l’impunité.

« C’est un retour en arrière brutal. Les fondations du système judiciaire congolais sont en train de s’effondrer », a déclaré Anne Marie Dongui, dénonçant la destruction ciblée des institutions judiciaires.

Institutions judiciaires anéanties

Dans les zones concernées, les tribunaux ont été incendiés, les archives judiciaires détruites, et plusieurs magistrats ainsi que des avocats ont été contraints de fuir. Selon le BCNUDH, la justice ne fonctionne plus dans les territoires sous influence du M23. Ce vide institutionnel, accentué par les actes de vandalisme et les menaces, fait craindre une perte totale de contrôle sur la chaîne pénale.

Violations massives des droits humains

En plus de cette crise institutionnelle, le Bureau conjoint a documenté de graves atteintes aux droits humains : exécutions sommaires, violences sexuelles, enrôlement d’enfants soldats, enlèvements, et pillages à grande échelle. Ces violations se déroulent dans un climat de peur imposé par le M23, qui administre de facto les zones occupées sans aucune légitimité reconnue.

« Les populations sont abandonnées à elles-mêmes, livrées à une autorité imposée par les armes, en violation flagrante du droit international humanitaire », souligne le rapport préliminaire du BCNUDH.

Goma et Bukavu sous tension

À Goma comme à Bukavu, la situation humanitaire et sécuritaire se détériore. La surveillance militaire s’est intensifiée, les services publics fonctionnent au ralenti, et de nombreux établissements scolaires et hospitaliers sont fermés ou ont été vandalisés.

Le ministre Congolais de la Santé a récemment indiqué que l’instabilité sécuritaire empêche son ministère d’apporter l’aide nécessaire aux civils dans le besoin, aggravant ainsi la vulnérabilité des communautés locales.

Une gouvernance de la .terreur

Le BCNUDH dénonce ce qu’il qualifie de stratégie délibérée de démantèlement des structures étatiques dans l’Est du pays. En s’attaquant aux institutions judiciaires, les rebelles du M23 priveraient délibérément les populations de toute protection institutionnelle, tout en tentant d’imposer un pouvoir parallèle basé sur l’intimidation et la force.

Face à cette situation, l’appel à la mobilisation de la communauté internationale se fait de plus en plus pressant. Mais sur le terrain, les populations civiles demeurent les premières victimes d’un conflit qui semble s’éterniser, dans l’indifférence générale.

Diddy MASTAKI

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