Lualaba : Yannick Sosongo, l’« empereur » de Kisenge Manganèse, éclaboussé par un scandale du siècle

Par la rédaction

Au cœur du territoire de Dilolo, dans la province du Lualaba, un nom suscite désormais la controverse : Yannick Sosongo, directeur général de la Société Commerciale de Kisenge Manganèse (SCKM-Mn), une entreprise publique fondée en 1950.
Longtemps présenté comme « l’homme fort » du secteur minier local et surnommé l’empereur, ce haut cadre est aujourd’hui au centre d’un vaste scandale mêlant corruption, détournement de fonds, contrats illégaux et exploitation illicite des ressources.

Un patrimoine national bradé

D’après un mémo adressé au ministère du Portefeuille, Yannick Sosongo aurait signé, en 2023, un contrat de cession de 65 % du capital de la SCKM-Mn à Taurian Manganèse S.A., sans aucun appel d’offres.
En échange, l’entreprise aurait obtenu un prêt de 7 millions de dollars américains, assorti de 3 millions de “pas de compte”, incluant trois mines, un stock de 2,4 millions de tonnes de manganèse brut, ainsi que plusieurs infrastructures stratégiques.

Selon la société civile locale, cet accord est une véritable trahison économique.

« Ce contrat viole clairement les principes de la passation des marchés publics », dénonce le pasteur Le Bon Mubenga, figure influente de la société civile de Dilolo.

Un document consulté par nos soins confirme la durée exceptionnelle de 99 ans prévue par l’accord. Une clause qualifiée d’“inacceptable” par plusieurs observateurs, qui y voient une aliénation à long terme d’un patrimoine national.

Des finances opaques et des millions disparus

Alors que des centaines d’agents de la SCKM-Mn vivent sans salaires ni décomptes de fin de carrière, la gestion financière de Sosongo soulève de sérieuses interrogations.
Des sources internes évoquent la disparition de plus de 5 millions USD entre 2023 et 2025, sur un budget global de 9,8 millions destiné aux opérations de la société.

« Pendant que les retraités survivent dans la misère, le directeur général s’enrichit sur le dos du patrimoine public », accuse un responsable local.

Un mémo des retraités de la SCKM-Mn fait état de près de 200 mois d’arriérés de salaire, dénonçant une “absence totale de volonté” de la part de la direction.

Des permis aurifères cédés en toute illégalité

Les soupçons ne s’arrêtent pas au manganèse.
Selon plusieurs sources concordantes, Yannick Sosongo aurait attribué six permis aurifères à la société TSM, toujours sans procédure d’appel d’offres, en violation flagrante de la législation minière congolaise.
Quatre licences d’exploitation couvrant près de 18 000 km² auraient également été détournées, alors qu’elles étaient initialement gérées par Cluf Mining.

« C’est une manœuvre visant à privatiser illégalement des ressources stratégiques de l’État », affirme un cadre du service des Mines basé à Kisenge.

*La société civile monte au créneau


  • Devant ce qu’elle qualifie de “prédation organisée”, la société civile du Lualaba hausse le ton.
    L’Initiative pour la Bonne Gouvernance et les Droits Humains (IBGDH ASBL) exige la publication intégrale des contrats conclus avec les entreprises SHAZ TIARELI et Taurian Manganèse, qu’elle juge « opaques et contraires à l’intérêt public ».

« Les revenus issus de l’évacuation du manganèse ne profitent ni aux travailleurs ni à la population locale. Tout est détourné au sommet », déplore un membre de l’IBGDH.

Kisenge, symbole d’un abandon total

Malgré ses richesses naturelles, Kisenge reste plongée dans la pauvreté.
Aucune école publique construite par le gouvernement, pas d’hôpital digne de ce nom, ni même un accès stable à l’eau potable ou à l’électricité.

« Kisenge est dans l’oubli. Les gens meurent à cause de la fièvre typhoïde et de l’eau impropre à la consommation », alerte Joël Ndoji, coordinateur national des jeunes ressortissants de Kisenge Manganèse.

« Le seul souhait des habitants est le départ du tout-puissant DG Sosongo, symbole d’un esclavagisme moderne », renchérit un représentant local.

Située dans le groupement Sakayongo, secteur de Lulua-Lukoshi, la SCKM-Mn se trouve à environ 750 km de Lubumbashi et 430 km de Kolwezi, deux pôles miniers majeurs.

Vers une enquête nationale ?

Face à l’ampleur du scandale, la société civile demande une réaction ferme des autorités nationales.
Elle réclame :

un audit de l’Inspection Générale des Finances (IGF),

la mise en place d’une commission d’enquête du ministère du Portefeuille,

et l’intervention d’une équipe indépendante d’experts pour examiner les contrats signés par la direction Sosongo.

Un test pour Kinshasa

Alors que la RDC se veut un acteur majeur de la transition énergétique mondiale, le dossier Kisenge Manganèse met crûment en lumière une réalité persistante : les richesses du sous-sol profitent à une minorité, pendant que la population demeure dans la misère.

La question reste ouverte :
Kinshasa aura-t-elle le courage d’enquêter sur ce scandale du siècle, ou laissera-t-elle encore une fois le silence couvrir la prédation ?

SMA

Enquête .

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