RDC-Rwanda : l’aveu historique de Kigali et les enjeux géopolitiques selon Julien Paluku

Selon Julien Paluku, ministre Congolais du Commerce extérieur et ancien gouverneur du Nord-Kivu pendant 18 ans, la déclaration du 22 janvier 2026 de l’ambassadrice rwandaise aux États-Unis d’Amérique, Mathilde Mukantabana, marque un tournant décisif : « Pour cette raison, le Rwanda s’engage dans la coordination sécuritaire avec l’AFC/M23. Je le dis clairement pour instaurer la confiance par la transparence (…) Alors que le Rwanda et l’AFC/M23 partagent un intérêt commun pour la protection des Tutsi en RDC contre les FDLR ».

Pour l’ancien gouverneur, cette admission confirme les rapports du Groupe d’experts de l’ONU (2024-2025), qui avaient déjà documenté de manière exhaustive l’implication de Kigali : images satellites et drones, photos de matériel militaire, missiles sol-air, radars de défense aérienne et déploiements de bataillons des Forces de Défense Rwandaises (RDF).

Pourquoi cet aveu maintenant ?

Julien Paluku identifie plusieurs facteurs expliquant ce revirement : L’impossibilité de nier les preuves accablantes ; Une évolution stratégique, passant du rôle d’agresseur caché à celui d’acteur de sécurité reconnu ; La pression internationale, notamment des États-Unis d’Amérique et de l’Union Européenne, qui pourrait transformer cet aveu en levier pour négocier l’allègement de sanctions économiques.

Conséquences juridiques

Le ministre rappelle que cette reconnaissance requalifie le conflit comme « un conflit armé international ». La jurisprudence du Tribunal sur le Droit International des Conflits (TADIC) a établi que le soutien logistique, financier et stratégique à un groupe armé suffit à engager la responsabilité de l’État. Cette situation ouvre la voie à des actions devant la Cour internationale de justice, avec des réparations financières potentielles similaires à celles ordonnées à l’Ouganda.

Implications pour Kigali

Selon Julien Paluku, cet aveu pourrait fragiliser la crédibilité internationale du Rwanda et provoquer le retrait de ses troupes des missions de maintien de la paix de l’ONU. Il met fin au « bouclier moral » lié au génocide de 1994, longtemps utilisé par Kigali comme instrument diplomatique.

Le piège de la balkanisation

L’ancien gouverneur met en garde contre la logique derrière l’intervention rwandaise : « En invoquant la protection des Tutsi, Kigali cherche à introduire la division en RDC, reprenant une logique similaire à celle de son passé. » Le véritable objectif n’aurait jamais été l’élimination du FDLR, mais la balkanisation de l’Est congolais.

« L’international doit enfin reconnaître que cette guerre n’est pas contre le FDLR mais contre l’intégrité territoriale de la RDC. Et cela ne passera pas », conclut Julien Paluku, saluant l’action du président Felix Tshisekedi qui a contribué à forcer la vérité au grand jour.

Diddy Mastaki

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