Le procès du Lieutenant-Général Philémon Yav Irung, poursuivi pour trahison devant la Haute Cour militaire à Kinshasa, révèle de sérieuses failles dans le dossier de l’accusation, notamment l’absence de toute preuve matérielle étayant les charges retenues contre l’ancien commandant de la 3ᵉ Zone de défense des FARDC.
Au cœur de l’affaire figure un SMS présumé, qui aurait été envoyé par un collaborateur du général Rwandais James Kabarebe et transmis au général Peter Cirimwami, présenté comme la source clé de l’information. Toutefois, ce message n’a jamais été produit devant la Cour. Plus encore, le général Cirimwami est décédé avant le procès, privant ainsi l’accusation de son principal témoin direct.
Lors de l’audience tenue mardi, plusieurs officiers supérieurs les généraux Constant Ndima, Sylvain Ekenge, Danny Yangba et Evariste Mwehu ont comparu en tant que « renseignants ». Interrogés sur le contenu du dossier, aucun n’a confirmé avoir vu, lu ou vérifié le message incriminé que le Lieutenant-Général Yav aurait montré au général Cirimwami.
Cette situation a été vivement critiquée par la défense. Pour Me Carl Ngwapitshi, avocat du prévenu, le procès repose sur des éléments « hypothétiques », sans fondement matériel. Il a dénoncé un dossier construit sur des « rumeurs » et des « témoignages indirects », rappelant à la Cour que le droit pénal exige des preuves claires et vérifiables. Il a plaidé pour que le principe du bénéfice du doute s’applique en faveur de son client.
Malgré ces zones d’ombre, la Haute Cour militaire a décidé de poursuivre l’instruction. Les généraux entendus ont été rappelés pour la prochaine audience prévue le 17 février, au cours de laquelle le Conseil national de cyberdéfense interviendra afin d’éclairer la juridiction sur les aspects techniques et numériques liés au message supposé.
De son côté, le Lieutenant-Général Philémon Yav Irung continue de rejeter en bloc les accusations formulées par l’auditorat militaire. Il soutient n’avoir jamais reçu de message hostile à la République ni entretenu de contact compromettant avec l’entourage du général rwandais James Kabarebe.
À mesure que les audiences se succèdent, le procès soulève un débat plus large sur la solidité des poursuites et sur les exigences de preuve dans les affaires de sécurité nationale impliquant de hauts responsables militaires.
Diddy Mastaki

