Soudan : un accord de paix annoncé par le Quad face à une urgence humanitaire hors de contrôle

Réunis à Washington, les États-Unis d’Amérique et leurs partenaires du Quad (coalition de quatre pays, dont les Etats-Unis d’Amérique, Arabie Saoudite, Égypte et Émirats Arabes Unis) affirment avoir franchi une étape décisive vers un accord de paix au Soudan, après près de trois ans de guerre.

Lors d’une conférence humanitaire au « Peace Institute », le conseiller présidentiel américain pour l’Afrique, Massad Boulos, a déclaré que « le texte final de l’accord de paix du Soudan a été atteint avec le Quad et qu’il est acceptable pour les deux parties au conflit », précisant qu’il devrait conduire à une trêve humanitaire et à l’ouverture de couloirs sécurisés pour l’aide.

Il a ajouté que « les Nations-Unies ont mis en place un mécanisme de retrait des combattants de certaines zones afin de permettre l’acheminement de l’aide », tout en annonçant un objectif de mobilisation de 1,5 milliard de dollars pour soutenir un pays ravagé par les combats. Cette dynamique diplomatique intervient cependant dans un contexte de fortes contestations, Khartoum rejetant notamment la participation des Émirats Arabes Unis au Quad.

Sur le terrain, la réalité humanitaire contraste fortement avec les annonces politiques. Plus de mille jours après le début du conflit, l’ONU dresse le tableau d’un pays fragmenté par la faim, l’exil et les violences.

À Washington, le chef des secours d’urgence de l’ONU, Tom Fletcher, a rappelé que « la guerre au Soudan s’intensifie, s’éternise, dévaste », soulignant que le pays a franchi « un seuil symbolique et terrifiant : plus de mille jours » de conflit. Il a décrit « trop de jours de famine, de vies déracinées et détruites, et des femmes et des filles soumises à des violences sexuelles terrifiantes », alors que plus de 20 millions de personnes dépendent désormais de l’aide internationale.

Les déplacements se poursuivent dans le Darfour, le Kordofan et le Nil Bleu, tandis que les besoins humanitaires pour 2026 sont estimés à 2,9 milliards de dollars par les agences onusiennes. À cette crise structurelle s’ajoutent de graves entraves à l’acheminement de l’aide. Les États-Unis et les organisations humanitaires accusent les autorités soudanaises loyales à l’armée de bloquer l’accès au Darfour, où la famine menace. Un responsable d’une ONG internationale a alerté que « les enfants et les bébés meurent déjà de faim et de malnutrition, il y aura un impact humanitaire immense (…) et potentiellement des taux de mortalité à grande échelle ».

Washington a, de son côté, fait part de sa « grande inquiétude » face aux restrictions imposées à l’aide, tandis que des voix politiques européennes appellent à une réponse plus ferme : selon les députés français Thomas Portes et Nadège Abomangoli, « les violences de masse au Darfour se poursuivent dans un grand silence médiatique et politique » et « la communauté internationale doit prendre ses responsabilités ».

Entre promesse diplomatique et urgence humanitaire, l’avenir de la trêve annoncée reste suspendu à la volonté réelle des belligérants et à la capacité des acteurs internationaux à dépasser les déclarations de principe.

Abednego Manieka

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