Un différend diplomatique et industriel oppose actuellement la Belgique, la République Démocratique du Congo et la société américaine « KoBold Metals » au sujet de l’accès à des millions de documents géologiques Congolais datant de l’époque coloniale, conservés au AfricaMuseum à Tervuren, près de Bruxelles.
Ces archives comprennent des cartes, des relevés et des rapports historiques détaillant le sous‑sol congolais notamment des informations sur le cobalt, le cuivre et le lithium, des minerais essentiels à la transition énergétique mondiale et à l’industrie technologique.
En 2025, la RDC et « KoBold Metals », une société spécialisée dans l’exploration minière assistée par intelligence artificielle et soutenue par des investisseurs influents dont Jeff Bezos et Bill Gates ont signé un accord-cadre à Kinshasa pour numériser ces documents dans le but d’accélérer l’identification de nouveaux gisements.
Cependant, les autorités belges ont refusé d’accorder à KoBold un accès exclusif à l’ensemble des archives, estimant que ces documents relèvent des « fonds publics fédéraux » et ne peuvent être délégués intégralement à une entreprise privée étrangère sans relation contractuelle directe avec l’État Belge. Un projet alternatif de numérisation financé par l’Union Européenne est déjà en cours, avec transmission progressive de copies numériques aux autorités Congolaises, qui exerceront ensuite leur souveraineté sur ces données.
Enjeux économiques, sécuritaires et géopolitiques
Ce bras de fer intervient dans un contexte sécuritaire et géopolitique complexe pour la RDC, où l’exploitation des ressources naturelles reste au centre des discussions internationales. Dans l’Est du pays et d’autres régions en crise, l’insécurité permanente marquée par la présence de groupes armés comme le M23 affecte non seulement la stabilité sociale mais aussi l’attractivité des investissements miniers.
Pour Kinshasa, l’accès rapide à des données géologiques fiables est crucial pour attirer des investissements responsables et diversifier les partenariats étrangers, tout en maximisant les retombées économiques pour l’État congolais. L’utilisation de l’intelligence artificielle sur ces archives historiques pourrait potentiellement réduire les délais et les coûts d’exploration.
Mais du côté Belge, la préservation du caractère public et scientifique des archives est primordiale. Les autorités mettent en avant la nécessité d’un cadre non exclusif, conforme aux normes belges et européennes, afin de garantir l’accès à ces documents à un large spectre de chercheurs et d’acteurs.
Héritage colonial et souveraineté congolaise
Au‑delà des considérations techniques, ce dossier ravive des débats plus larges sur l’héritage colonial et la souveraineté des données congolaises. Il illustre la tension entre la volonté de la RDC de tirer parti de ses ressources pour soutenir le développement national et la réticence de l’ancienne puissance coloniale à faciliter un accès privatif à des informations stratégiques.
Alors que les négociations se poursuivent, ce différend met en lumière la manière dont les archives historiques longtemps perçues comme des vestiges du passé sont désormais au cœur des enjeux économiques et sécuritaires du présent, surtout dans un monde où les métaux critiques sont devenus des leviers essentiels pour la compétitivité globale.
Diddy Mastaki

