Des chercheurs de l’ONG Human Rights Watch affirment avoir documenté de graves abus commis par le groupe armé M23 et des forces militaires Rwandaises lors de la prise de la ville d’Uvira, dans l’Est de la République Démocratique du Congo, en décembre 2025.
Selon l’organisation, Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique Centrale, et Clémentine de Montjoye, chercheuse sur la région des Grands-Lacs, se sont rendus à Uvira en mars 2026, après le retrait du M23 en janvier. Ils indiquent avoir interrogé plusieurs habitants victimes d’exactions pendant l’occupation de la ville, qui a duré un peu plus d’un mois.
D’après les témoignages recueillis, les combattants du M23, appuyés par des forces Rwandaises, sont entrés dans la ville le 10 décembre 2025 et ont mené des opérations de fouilles systématiques, accusant des hommes et des garçons d’appartenir aux milices progouvernementales appelées « Wazalendo ».
Plusieurs sources font état de l’exécution ou de l’enlèvement de dizaines de civils, dont certains restent jusqu’à présent portés disparus.
Les chercheurs rapportent également des cas de violences sexuelles commises contre des femmes et des jeunes filles, notamment lors de déplacements vers les champs pour chercher de la nourriture, dans un contexte marqué par une insécurité persistante.
Human Rights Watch indique avoir visité trois sites de sépultures à Uvira et recueilli des informations sur l’existence d’autres fosses communes.
L’ONG estime qu’au moins plusieurs dizaines de personnes ont été tuées lors de la prise de la ville, tout en précisant qu’il reste difficile d’établir avec exactitude l’identité des victimes et les circonstances de leur mort.
L’organisation rappelle également avoir documenté des abus commis par les forces armées congolaises et leurs alliés avant l’arrivée du M23 dans la ville. Située sur les rives du lac Tanganyika, à la frontière avec le Burundi, la ville d’Uvira constitue un point stratégique dans la province du Sud-Kivu. Son occupation a perturbé les lignes d’approvisionnement et entraîné le déplacement de centaines de milliers de personnes, selon les chercheurs.
Après le retrait du M23, qui maintient des positions au nord de la ville, notamment dans la plaine de la Ruzizi et les Hauts Plateaux, la situation sécuritaire reste décrite comme « calme mais tendue » par les habitants, qui craignent une reprise des combats.
Face à cette situation, Human Rights Watch appelle les autorités congolaises, avec l’appui des Nations-Unies, à ouvrir des enquêtes, notamment médico-légales, sur les fosses communes et à poursuivre les responsables présumés.
L’ONG demande également des sanctions ciblées contre les commandants du M23 et des responsables militaires rwandais impliqués. Le groupe rebelle M23, réapparu en 2021 dans l’est de la RDC, contrôle aujourd’hui de vastes zones dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Kigali affirme que son implication relève de la légitime défense, tandis que Human Rights Watch estime que son soutien militaire joue un rôle déterminant dans les avancées du groupe.

