Kinshasa. L’annonce d’un financement de 1,882 milliard USD destiné au développement du tourisme en République démocratique du Congo, à la suite du Sommet Émirats Arabes Unis–Afrique tenu à Dubaï, représente une opportunité historique pour le pays. Mais pour John Katumba, expert du tourisme fort de 25 ans d’expérience, le véritable défi ne réside pas dans l’annonce des fonds, mais dans la capacité de la RDC à préparer des projets solides, crédibles et conformes aux exigences des bailleurs internationaux afin d’obtenir les décaissements et transformer cette ambition en résultats concrets.

Selon l’expert, le pays doit éviter toute improvisation et agir rapidement à travers la mise en place d’une Cellule Intelligente d’Écriture des Études et Projets Touristiques, une structure qu’il propose au Président de la République, Félix Tshisekedi. Cette cellule, composée de compétences congolaises issues de la Présidence, de la Primature, du Ministère du Plan, du Ministère du Tourisme, de l’Office National du Tourisme, de l’ICCN ainsi que d’experts et opérateurs privés du secteur, aurait pour mission de produire des études techniques, des plans de développement et des projets bancables capables d’attirer les investissements et de sécuriser les financements annoncés.
Pour John Katumba, la RDC possède déjà les ressources humaines nécessaires pour accomplir cette mission et ne devrait pas dépendre systématiquement d’expertises étrangères. Il estime que les spécialistes congolais du tourisme maîtrisent mieux les réalités locales, les potentialités naturelles, les enjeux communautaires ainsi que les défis liés aux infrastructures, à la sécurité et à l’attractivité des destinations. « Le tourisme congolais doit être pensé par des Congolais pour répondre aux réalités congolaises », soutient-il, tout en appelant à la vigilance face à la multiplication des cabinets et consultants étrangers qui cherchent déjà à se positionner autour des futurs projets.

L’expert rappelle que la RDC dispose d’atouts exceptionnels susceptibles de la propulser parmi les grandes destinations touristiques africaines : les Virunga et leurs gorilles de montagne, le Parc national de la Salonga, la Garamba, le Fleuve Congo, les volcans du Kivu, les chutes de Zongo, les paysages du Tanganyika ainsi qu’une richesse culturelle portée par plus de 450 communautés à travers le pays. Pour lui, le potentiel existe déjà ; ce qui manque encore, c’est une stratégie cohérente de valorisation et de promotion capable d’attirer des millions de visiteurs, à l’image du Kenya, de l’Afrique du Sud ou encore de l’Ouganda.
Afin d’accélérer le processus, John Katumba recommande également de mobiliser le Fonds de Promotion du Tourisme, estimé à près de 1,5 million USD par an, pour financer les premières études stratégiques et permettre à la Cellule Intelligente de commencer son travail sans attendre les premiers décaissements des partenaires financiers. Cette démarche permettrait au pays de gagner du temps et de présenter rapidement des projets matures répondant aux standards internationaux.

Pour l’expert, les dix prochaines années seront décisives pour le repositionnement de la RDC sur la carte mondiale du tourisme. Entre le Couloir Vert Kivu–Kinshasa, le Couloir de Lobito, les initiatives d’intégration régionale, les grands événements internationaux et les nouvelles opportunités de coopération économique, le pays dispose d’une fenêtre unique pour renforcer son image et diversifier son économie. « La RDC doit cesser d’être connue uniquement pour ses ressources minières. Elle doit également s’imposer comme une destination touristique majeure. Ce financement constitue une occasion exceptionnelle, mais nous devons nous organiser dès aujourd’hui. Nous n’avons plus droit à l’erreur », conclut John Katumba.
À travers cette proposition, l’expert congolais défend une vision fondée sur la compétence nationale, la planification stratégique et la valorisation du patrimoine touristique comme levier de croissance, d’emplois et de rayonnement international, avec l’ambition de faire de la République démocratique du Congo un véritable Hub Touristique Mondial à l’horizon 2034.

