Dans les profondeurs de la forêt d’Elake, à Mambasa, les larmes versées n’étaient ni entièrement de joie ni totalement de douleur. Vingt-trois personnes, enlevées la semaine dernière par les rebelles ADF, ont retrouvé la liberté. Mais vingt-sept (27) autres demeurent introuvables. Pour les familles, l’attente continue, mêlée de peur et d’espoir.
Le 24 juin, l’attaque brutale du village d’Elake par les ADF avait laissé la population tétanisée. En quelques heures, hommes, femmes et enfants avaient été emmenés de force. Une semaine plus tard, certains sont rentrés. Faibles, hagards, choqués mais en vie.
« Ils ne parlaient presque pas. On a juste vu qu’ils étaient vivants », raconte un habitant d’Elake, venu accueillir les survivants.
Selon les autorités locales, les otages libérés ont reçu une assistance médicale immédiate. Plusieurs présentaient des signes de malnutrition et de traumatisme psychologique, mais aucun ne portait de blessures graves.
À Kinshasa comme à Bunia, la nouvelle a été reçue avec prudence. Le député national Kasereka Sivamwenda, élu de Mambasa, a salué cette libération partielle mais a rapidement appelé à une intensification des efforts militaires.
« Il ne suffit pas de se réjouir de cette libération partielle. Il faut maintenant traquer ces criminels jusqu’à leur dernier retranchement. Trop de sang a coulé, trop de familles sont endeuillées », a-t-il martelé dans un communiqué.
Selon lui, l’État ne peut plus tolérer que le territoire de Mambasa reste un bastion d’activités criminelles où les civils paient le prix de l’inaction et de l’impuissance.
Les ADF, d’origine Ougandaise, sont actifs dans l’Est de la RDC depuis plus de deux décennies. Connus pour leurs méthodes brutales, leurs enlèvements massifs et leurs attaques sanglantes, ils sont désormais affiliés à l’État islamique, ce qui leur confère une dimension terroriste internationale.
Leur présence dans la région de Mambasa, au cœur de la province de l’Ituri, complique les opérations militaires congolaises. Le terrain, très forestier, leur offre des cachettes naturelles. Même avec les renseignements fournis par les otages libérés, les FARDC peinent à localiser les camps de détention ou à engager des combats directs.
Une population abandonnée ?
À Elake et dans les villages voisins, la peur est constante. Les familles qui ont récupéré leurs proches n’osent pas célébrer publiquement, de crainte de représailles. Celles qui attendent encore vivent dans l’angoisse.
« Nous voulons que nos enfants reviennent. Que l’armée les ramène tous », implore une mère dont deux enfants figurent parmi les otages restants.
Les autorités provinciales appellent la population à collaborer avec les services de sécurité. Mais sur place, beaucoup dénoncent une présence militaire trop faible, voire symbolique.
La promesse d’une riposte
Alors que l’émotion reste vive, une question domine toutes les autres : que fera le gouvernement pour empêcher que cela ne se reproduise ?
Pour le député provincial Sivamwenda, il ne suffit plus de condamner. Il faut frapper.
« Tant que les ADF seront encore capables de capturer 50 personnes en une nuit, aucun habitant de l’Ituri ne sera en sécurité. C’est une guerre qu’il faut mener, et il faut la gagner », conclut-il.
En attendant, Elake pleure ses absents et se prépare, dans la crainte silencieuse, à d’autres jours sombres.
Diddy MASTAKI

