RDC–Rwanda : un accord aux ambitions économiques, Denis Mukwege exprime ses inquiétudes

L’accord signé ce 27 juin 2025 à Washington entre la République démocratique du Congo et le Rwanda ne se limite pas à des questions de sécurité. Il prévoit une coopération élargie dans plusieurs domaines stratégiques comme la gestion des ressources naturelles, le développement hydroélectrique ou encore l’organisation de chaînes de valeur minières communes, en partenariat avec des investisseurs américains. L’objectif est de formaliser des processus industriels de bout en bout, « de la mine au métal transformé », dans une logique d’intégration régionale.

Mais si ce cadre est perçu par certains comme une opportunité pour renforcer les échanges et optimiser les ressources, d’autres voix soulignent les risques d’un déséquilibre dans la mise en œuvre. Le docteur Denis Mukwege, prix Nobel de la paix, a exprimé des critiques claires à ce sujet lors d’un discours prononcé à Bruxelles le jour même de la signature. Selon lui, « Je profite enfin de cette tribune pour dénoncer l’approche bilatérale privilégiée par Washington face à une crise dont la dimension est largement régionale, avec la présence de diverses armées étrangères sur le territoire congolais, dont celles de l’Ouganda et du Burundi, et entretenue par des intérêts géostratégiques qui touchent au fonctionnement de l’économie mondiale. »

À travers sa lecture, le contenu économique de l’accord pose question quant à la souveraineté de la RDC sur ses ressources. « Ainsi, sous couvert de coopération économique, de sécurisation des chaînes d’approvisionnement en minerais et de création de chaînes de valeur intégrées et transparentes pour reprendre les termes de l’accord signé aujourd’hui , les minerais congolais seront exportés pour ne pas dire “bradés” à l’état brut vers le Rwanda, qui procédera à la transformation et à l’exportation de produits semi-finis ou finis vers le reste du monde », a-t-il affirmé. Et d’ajouter : « Comment accepter d’abandonner notre souveraineté ? Comment accepter de légitimer l’occupation d’un pays agresseur ? Comment accepter le bradage de nos ressources minières ? Comment sacrifier la justice sur l’autel d’une paix qui ne pourra qu’être fragile car l’accord de paix plante les graines de la répétition des conflits et des atrocités de masse. » À l’heure de sa mise en œuvre, cet accord reste donc porteur d’enjeux majeurs, au croisement des ambitions économiques, des impératifs de stabilité et des attentes citoyennes.

Dans ce contexte, si l’accord signé à Washington représente une opportunité diplomatique, les positions comme celle du docteur Mukwege rappellent que la paix véritable nécessite aussi la transparence, l’inclusivité et le respect des aspirations citoyennes.

Dernières nouvelles

Actualités connexes